La montée des normes environnementales : l'obligation de s'adapter à moyen terme
Comme pour toutes les autres branches industrielles, la protection de l'environnement fait surgir de nouvelles contraintes. D'un côté, les réglementations se multiplient. De l'autre, le traitement des déchets et leur valorisation se développent.
L'utilisation des sous-produits comme source d'énergie mobilise les efforts de 65 % des entreprises. Le mouvement est nettement marqué dans le secteur du meuble (80 %) et à un degré moindre dans l'emballage (73 %) et la première transformation (70 %). Près de trois artisans sur quatre (72 %) se disent prêts à s'engager dans cette voie. Pour leur part, les collectivités (89 %) se sentent très concernées.
Quels sont vos efforts pour la valorisation des sous-produits / déchets de production ?
En général et par type d'entreprise |
Artisans |
Entreprises Industrielles |
Collectivités |
Distribution / Négoce / GSB |
Total |
Utiliser les sous-produits comme source d'énergie |
72% |
64% |
89% |
35% |
65% |
Chercher des marchés nouveaux pour certains sous-produits |
15% |
42% |
33% |
48% |
32% |
Aucune valorisation particulière |
23% |
16% |
11% |
26% |
19% |
Source : EXPOBOIS 2006
par secteur d'activité |
Matériau Bois |
1ère transfo, scierie |
Construction |
Meuble |
Emballage |
Autres Industries |
Total |
Utiliser les sous-produits comme source d'énergie |
53% |
70% |
69% |
80% |
73% |
46% |
65% |
Chercher des marchés nouveaux pour certains sous-produits |
41% |
57% |
26% |
13% |
55% |
42% |
32% |
Aucune valorisation particulière |
20% |
9% |
21% |
15% |
9% |
25% |
19% |
Source : EXPOBOIS 2006
D'une manière générale, l'impact des réglementations environnementales tend à influer le comportement des entreprises. C'est particulièrement vrai pour les prix de vente : 68 % d'entre elles répercutent sur les clients les augmentations de coût induites par ces réglementations. Avec comme résultante un handicap dans la concurrence internationale. Les obligations imposées par les pouvoirs publics au nom de l'environnement jouent aussi de manière importante sur le comportement des entreprises vis-à-vis du traitement des déchets, des achats de produits de finition ou de matières premières et des modifications apportées aux systèmes de production ou aux équipements.
Quel niveau d'impact les nouvelles règlementations environnementales françaises et européennes ont-elles ou vont-elles avoir sur :
|
Très important |
Assez important |
Total ++ |
Vos prix de vente |
29% |
39% |
68% |
Le traitements de vos déchets |
23% |
39% |
61% |
Vos achats de produits de finition (peintures, vernis, lasures,…) |
29% |
32% |
60% |
Vos achats en matière première / matériau bois |
19% |
40% |
59% |
Votre système de production ou votre équipement |
17% |
39% |
56% |
Vos investissements |
19% |
35% |
54% |
Votre (besoin) en formation |
12% |
35% |
47% |
Source : EXPOBOIS 2006
Former : une priorité permanente
La formation du personnel en général est jugée prioritaire par 70% des entreprises interrogées. Mais lorsqu'on évoque l'apprentissage des consignes de sécurité, la proportion passe à 79%. La maîtrise des machines est également plébiscitée par 77% des répondants.
Parmi les autres formations évoquées, celles ayant trait au management sont en bonne place. Le recrutement d'ingénieurs et techniciens atteste des besoins en matière grise de la filière. S'y ajoute un important mouvement de formation continue pour les personnels déjà en place. Selon Olivier Falchi, à la tête de la Compagnie française du panneau (CFP, groupe Parisot Meubles) et par ailleurs Président du Centre Technique du Bois et de l'Ameublement (CTBA) , « par définition, l'entreprise a d'abord pour objectif de faire fonctionner des hommes ensemble avec un but commun. Voilà pourquoi il est nécessaire d'apprendre aux responsables comment faire comprendre à leurs équipes les enjeux, le pourquoi des choix. Cela vaut tout au long de la chaîne, de la direction générale jusqu'aux opérateurs de machines. »
Scieries : l'impératif du séchage
Les scieries de feuillus sont plus pénalisées par la conjoncture que leurs homologues du résineux, tirées par le boom de la construction. Mais ces dernières doivent lourdement investir dans le séchage si elles veulent conserver leur rang.
Entre le marteau et l'enclume
« A la frontière entre les exploitations forestières qui vivent à un rythme agricole, et des clients industriels ou des négoces toujours plus exigeants, les scieries doivent en permanence surmonter un handicap lié à la différence de pratiques entre ces deux mondes » , explique Laurent Denormandie, le Président de la Fédération Nationale du Bois (FNB) , de continuer « D'un côté, les détenteurs de la ressource ne tiennent pas compte des réalités économiques et augmentent fortement leurs prix dès qu'ils en ont l'occasion. De l'autre, nos clients refusent de considérer que les sciages puissent avoir un coût de production élevé. Ils n'acceptent pas les augmentations proposées, même lorsqu'elles sont à l'évidence justifiées. »
Ce type de handicap est actuellement très pénalisant pour les feuillus qui connaissent une conjoncture relativement maussade. Tel est par exemple le cas du chêne, confronté au relatif passage à vide de l'industrie du meuble et à la délocalisation de certains clients. « Il semblerait par contre que d'ici trois ans, il y ait un potentiel d'exportation vers l'Europe de l'Est, » pronostique, optimiste, Laurent Denormandie.
Du côté des résineux par contre, la situation est nettement plus sereine. Les scieries continuent à être portées par la demande du secteur construction (charpentes et structures).
Priorité à l'amélioration du système de production
Dans l'ensemble, 69% des entreprises de première transformation ayant répondu à l'enquête EXPOBOIS se déclarent prêtes à investir dans l'année à venir. L'amélioration du système de production reste la première priorité pour 92% d'entre elles. « Investir aujourd'hui vise non seulement à produire plus, mais aussi à respecter les normes environnementales qui nous pénalisent fortement dans le cadre de la compétition internationale, précise le Président de la FNB. Il s'agit alors d'investissements très utiles mais non productifs comme les systèmes sophistiqués d'aspiration ou d'élimination des eaux de ruissellement. »
Les scieries de feuillus ont des stratégies diverses de l'une à l'autre. Leurs investissements peuvent porter sur l'acquisition de matériel pour l'augmentation de production, la diversification, la protection de l'environnement ou la valorisation des sous-produits, par exemple grâce à l'acquisition de chaudières pour produire de l'énergie.
Les scieries de résineux continuent à privilégier la productivité pour répondre à un marché en expansion et à la concurrence. Elles achètent notamment de grosses scies circulaires, à la fois puissantes et précises.
Retard sur le séchage
Lorsqu'on demande aux scieurs quelles sont leurs priorités en matière d'achats d'équipements de production, le séchage, avec 38%, vient loin derrière les gains en productivité (91%) , les gains de flexibilité (77%) et les équipements de manutention et de stockage (63%) . Pourtant, les normes européennes et françaises obligent à sécher le bois charpente à 18 ou 20 % et le marquage européen (CE) renforcera cette obligation d'ici deux à trois ans. Les scieurs français de résineux doivent se préparer à combler leur retard. Industriels et négoces en aval les poussent à s'équiper. Gwénolé Lees, le chef marché bois de PBM Développement , le dit haut et fort : « Alors que les Allemands ou les Belges investissent lourdement dans de nouvelles scieries avec séchoirs intégrés, les Français ne sèchent que 5 % de leur production de résineux. Si les fournisseurs ne font pas l'effort, nous serons contraints d'en changer. »
Tout le monde s'accorde à reconnaître que les scieries françaises de résineux auront beaucoup à investir en séchoirs. Ces investissements s'accompagnent de l'acquisition d'engins de manutention et de bâtiments de stockage. De leur côté, les négoces auront aussi à réaliser des bâtiments de stockage couverts.
Valoriser vers l'aval
Si 61% des scieurs ont prévu d'investir logiquement dans des machines de 1 ère transformation, on constate cependant qu'un scieur sur trois ayant répondu à l'enquête EXPOBOIS indique également son intention d'acheter une machine de deuxième transformation d'ici un an. A l'évidence, le mouvement général qui pousse l'industrie du bois à s'équiper en vue de fabriquer des produits de plus en plus finis a des répercussions jusqu'à l'amont de la filière. Les scieurs cherchent à valoriser leurs produits vers l'aval .
Par ailleurs, le bois massif lui-même peut être transformé en bois abouté ou bois massif reconstitué avant livraison aux industries de seconde transformation, aux constructeurs ou aux négoces. Grâce au processus technique utilisé et au collage, ces produits se caractérisent par leur qualité et leur excellent niveau de séchage. Ils restent cependant jusqu'ici fort peu développés en France.
Industrie du panneau :
développer le service aux clients
Les fabricants de panneaux investissent pour accroître la productivité et se conformer aux normes. Ils cherchent en outre à augmenter la valeur ajoutée de leurs produits pour mieux satisfaire leurs clients.
Conjoncture en amélioration… mais quid de l'avenir ?
Selon Pierre Orbiscay, Directeur Commercial et Marketing d'Isoroy (groupe portugais Sonae) , « la conjoncture a été bonne en 2004 et 2005. Nous tablons sur un maintien à un bon niveau l'an prochain. L'appréciation du dollar vis-à-vis de l'euro est une bonne chose. » De son côté, Olivier Falchi, à la tête de la Compagnie française du panneau (CFP, groupe Parisot Meubles) et par ailleurs Président du Centre Technique du Bois et de l'Ameublement (CTBA) estime que « pour le panneau de particules, l'année 2005 marque une amélioration. En Europe de l'ouest, on assiste à un rééquilibrage entre la consommation et les capacités de production installées. » Cependant, des craintes se font jour. Olivier Falchi ajoute en effet : « On risque de se heurter dans un avenir proche à une forte hausse des coûts de revient liés à l'augmentation sensible des coûts de l'énergie et au surenchérissement de la matière bois. Sans parler de l'incidence du marché pétrolier en crise sur le prix des colles et celui des transports. »
Investir en permanence
Les interviews des acteurs du marché font ressortir principalement que si l'investissement n'a pas pour objectif d'augmenter les capacités de production, il n'en demeure pas moins un impératif en vue d'augmenter la productivité et de se conformer à la législation sur la sécurité et la protection de l'environnement.
Les investissements de productivité permettent de compenser en partie la hausse des coûts de revient et de faire face à la concurrence . Ils concernent par exemple l'acquisition de matériel pour augmenter la capacité des défibreurs ou réduire la consommation d'énergie grâce au recyclage des déchets de bois.
Les investissements de sécurité sont liés au respect des normes. Parmi les plus fréquents, figurent les équipements pour la filtration de l'air et l'aspiration des poussières, le traitement de l'eau, la protection contre les incendies . « La rigueur des normes en France conduit à un problème de fond, souligne Olivier Falchi, celui de la concurrence avec les industriels des pays émergeants. Ils ne sont pas soumis aux mêmes réglementations et un fort différentiel s'installe entre eux et nous. »
Service plus pointu au client
« Les clients industriels nous délèguent de plus en plus certaines opérations, prévient Pierre Orbiscay. Nous leur fournissons par exemple des panneaux pré-dimensionnés en grande découpe. Notre offre s'élargit aussi du côté des panneaux décorés, mélaminés ou laqués. » Pour sa part, Olivier Falchi confirme cette tendance à privilégier la valeur ajoutée vers l'aval : « Cette année, nous avons investi dans une chaîne d'usinage de tablettes quatre chants. Et on envisage l'acquisition d'une chaîne mélamine pour le revêtement. »
De leur côté, les négoces de bois s'équipent toujours davantage en ateliers de découpe et d'usinage de panneaux afin de fournir les menuisiers et agenceurs en pièces sur mesure qu'ils n'ont plus qu'à poser directement . Guy Rossone, le Directeur du marché bois et panneaux de Point P , précise : « Pour chacune de nos 80 agences dites hyperspécialisées, l'investissement par point de vente peut être évalué à 500.000 euros. Il nous faut notamment des centres d'usinage et des scies horizontales à commandes numériques, ainsi que des plaqueuses de chant. »
Approvisionnements : la concurrence avec le bois énergie
L'Union des Industrie des Panneaux de Process (UIPP) se mobilise pour alerter sur un risque encouru par la profession : la rupture d'approvisionnement en bois de trituration. En effet, ce type de produits (bois ronds non exploitables, produits connexes des scieries…) est également convoité par la filière bois énergie pour l'alimentation de chaufferies industrielles. Et dans certaines régions, les industriels du panneau voient l'offre baisser dangereusement.
Construction :
un secteur en pleine réorganisatio
Boosté par la demande, le secteur de la construction bois investit lourdement et se structure pour mieux répondre aux besoins du marché.
Création d'entreprises et d'emplois
Maisons, logements collectifs, immeubles de bureaux, hôtels ou bâtiments publics… Les constructions nouvelles se font de plus en plus avec des structures bois. Les taux de croissance annuelle des entreprises sont évalués de 5 ou 6 % pour les uns à plus de 10% pour les autres. Jean-Vincent Boussiquet, à la tête de l'Union Nationale Artisanale Charpentes Menuiseries Agencement (UNA CMA) à la CAPEB , estime que « dans le domaine de la charpente, on assiste à un mouvement de création d'entreprises qui se combine à celui de recrutement de personnel. »
Cette bonne orientation de l'activité se traduit dans les résultats du questionnaire EXPOBOIS. Ainsi, 94% des spécialistes de la charpente (industriels ou artisans) se déclarent optimistes, non seulement pour l'année à venir, mais aussi à moyen terme. Par contre, pour la visibilité au-delà de cinq ans, la proportion tombe à 67%. Même tendance chez les industriels de l'ossature bois : légèrement moins enthousiastes à court et moyen termes (88% dans les deux cas), ils restent par contre profondément optimistes au-delà des cinq ans (80%).
Service Commmunication EXPOBOIS 2006
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