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Quand la machine réorganise le monde de la charpente traditionnelle

Dans ce secteur, on peut s'attendre à un bond en avant de l'investissement dans l'année à venir. En effet, 93 % des spécialistes de la charpente et 75 % des industriels de l'ossature bois manifestent leur intention d'investir à court terme. Fait rare, tous les répondants sans exception affirment comme prioritaire l'acquisition de matériel générant des gains de productivité. Du côté des machines, « on assiste à une forte poussée des ventes de centres d'usinage, dont déjà plus de deux cents sont installés en France » souligne
Luc Charmasson, le Président de la Fédération des Industries de Bois de Construction (FIBC) et de l'Union des Industries du Bois (UIB). Ces centres d'usinage, aux performances pointues, permettent désormais de fabriquer industriellement des charpentes traditionnelles. Mais inaccessibles aux très petites entreprises, en raison de leur coût, ils conduisent à une réorganisation du secteur que Luc Charmasson esquisse en distinguant trois grandes catégories d'intervenants : « Les industriels, équipés de plusieurs centres d'usinage, se spécialiseront dans la fourniture industrielle destinée aux négoces, aux pavillonneurs et aux charpentiers.


Les entreprises de charpente qui le pourront financièrement, disposeront d'un centre d'usinage pour leurs propres prestations de fourniture et de pose. Enfin, certains charpentiers se spécialiseront dans la pose. »

Un tel mouvement est déjà amorcé : un peu partout en France, certaines charpenteries équipées de centres d'usinage deviennent fournisseurs de leurs collègues. Jean-Vincent Boussiquet lui-même avait été l'un des précurseurs. Dès 2000, il a créé la société Charpentes Usinage Bois (CUB) pour approvisionner sa propre charpenterie ainsi que plusieurs confrères. « Nous allons acheter un autre centre d'usinage d'ici la fin de l'année prochaine, » précise-t-il avant d'ajouter au nom de la profession : « Pour nous qui sommes en permanence à la recherche de personnel compétent, les machines nous font gagner du temps, de la précision, de la qualité. » Quant aux spécialistes de la pose, ils s'équipent en moyens de levage et de manutention, notamment des camions grues et des élévateurs.

Face à l'importance de la demande de constructions bois, le mouvement ne serait cependant pas suffisamment rapide. De nouvelles catégories d'intervenants s'intéressent à l'acquisition de centres d'usinage : d'une part les scieries motivées par une meilleure valorisation aval de leurs produits, de l'autre les négoces qui ont déjà suivi une démarche similaire dans le monde du panneau.

Des services et des normes

Sans évoquer les revendications vis-à-vis de l'amont, en particulier sur le bois séché (voir scieurs), l'industrialisation du monde de la charpente et des structures bois s'accompagne de la montée des exigences au niveau du service, de la qualité et du respect des normes.

Côté service, « la vente d'un produit industriel s'accompagne nécessairement de prestations pointues, souligne Luc Charmasson. D'une part, nos bureaux d'études doivent fournir des notes de calcul et des plans de montage de plus en plus précis, de l'autre nos clients souhaitent disposer de kits de solutions constructives complets et avec davantage de finitions. »

Améliorer la sécurité

Aux côtés des investissements pour améliorer la production, la sécurité en usine est une préoccupation pour 81% des spécialistes de la charpente et 86% des industriels de l'ossature bois, selon les répondants à l'enquête EXPOBOIS. Les premiers plébiscitent à 100% l'acquisition de masques ou vêtements spéciaux pour la protection des personnes. « La sécurité est prioritaire, et pas seulement à l'usine, affirme Jean-Vincent Boussiquet. Avant d'acheter du matériel de chantier, il faut s'assurer qu'il respecte bien les normes en vigueur. »

De nouvelles formations

En toute logique, l'apprentissage des consignes de sécurité est l'une des formations les plus citées par les spécialistes de la charpente (81%) et les industriels de l'ossature bois (92%) lors de l'enquête EXPOBOIS. On retrouve également en bonne place pour les deux catégories de professionnels la maîtrise des machines (respectivement 87% et 75%), l'apprentissage du montage sur chantier (86% et 75%), la maîtrise des logiciels (72% et 67%).

Le développement des activités, en particulier celle de la maison ossature bois (MOB), conduisent à la création de nouveaux cursus.

La montée en puissance des marchés publics

De nombreux maîtres d'ouvrage publics souhaitent mettre en avant la notion de développement durable. Ils privilégient alors le bois, notamment dans la construction. De nouvelles opportunités s'ouvrent ainsi pour les opérateurs privés. Quitte à souffrir quelque peu de la lourdeur des procédures. Selon Pascal Chazal, le Directeur Général d'Ossabois , l'un des principaux constructeurs de maisons ossature bois (MOB) en France, « marché public et marché privé relèvent de deux mondes différents. Sur le premier, on peut avoir une action, discuter le prix. En revanche, pour le second, on propose un prix et si on n'est pas le moins cher, on perd l'affaire. Dans le passé, on ne travaillait pas beaucoup pour les marchés publics. Mais cela a changé depuis quelques années. On a alors organisé nos services pour pouvoir se plier aux lourdeurs administratives. Il ne faut pas perdre de vue que l'on peut être éliminé simplement pour avoir omis de signer dans une case. » Jean-Vincent Boussiquet va dans le même sens. Il ajoute que les exigences techniques en termes de calculs, de dessins, et de métrés sont beaucoup plus importantes que dans le privé . « Nous avons dû étoffer notre bureau d'études intégré, » explique-t-il.

Les chantiers publics sont souvent longs à mener en raison du relativement grand nombre d'intervenants. Jean-Vincent Boussiquet précise : « Il y a les rendez-vous de chantier hebdomadaires, les préparations de commandes, les approvisionnements… Là aussi, c'est beaucoup d'organisation. J'ai deux conducteurs de travaux qui ne font que cela. »

Mais l'auto-discipline imposée par les marchés publics aux entreprises privées peut aussi s'avérer salutaire. Certains chefs d'entreprises privées reconnaissent que la rigueur acquise a des retombées positives sur l'ensemble de leurs activités.

Menuiserie, agencement : priorité à la productivité et à la spécialisation

 

Agenceurs et entreprises de menuiseries investissent toujours. Ils continuent à croire au maintien de l'activité.

TVA, l'épée de Damoclès

Selon l'enquête d'EXPOBOIS, la conjoncture reste bonne pour 79% des spécialistes de la menuiserie ou du parquet et 72% des agenceurs. Mais pour ces activités, fortement axées sur la rénovation, l'avenir dépend largement des décisions qui seront prises à Bruxelles quant au maintien ou non du taux de TVA à 5,5 % sur les travaux d'entretien. Si cette décision est négative, le taux de TVA pourrait revenir à son ancien niveau, soit 19,6 % en France . « Ce serait alors un coup de frein à nos activités ! » s'inquiète André Desmedt, menuisier membre du bureau de l'Union Nationale Artisanale Charpentes Menuiseries Agencement (UNA CMA) à la CAPEB.

Toujours plus de performances

La volonté d'investir, relativement importante, est cependant moins forte que dans le monde de la construction des charpentes et structures. Ainsi, 77% des spécialistes de la menuiserie ou du parquet et 64% des agenceurs annoncent leur intention d'acquérir de nouveaux équipements dans l'année à venir. Les gains de productivité sont là encore plébiscités à
87 ou 88 %. « Dans notre entreprise, l'amélioration de la productivité relève d'une politique délibérée , prévient François Matheron, à la tête d'Agencement Le Carlier et par ailleurs président de la Chambre française de l'agencement (CFA) . Les gains de production nous permettent de récupérer largement les coûts induits par les changements de machines. » Sa société profite du nécessaire renouvellement de son parc pour procéder à l'achat de machines à commandes numériques plus performantes. André Desmedt croit lui aussi en l'amélioration des performances de l'outil de travail. Il souligne le phénomène de spécialisation, tendance qui s'affirme dans le monde de la menuiserie artisanale. « Certains de nos collègues choisissent d'arrêter une partie de leurs chantiers et de se spécialiser dans la fabrication en séries longues d'une ou plusieurs pièces spécifiques qu'ils vendent en partie aux autres menuisiers. C'est le cas par exemple des escaliers : il existe aujourd'hui des machines très performantes capables de produire des assemblages traditionnels, semblables à ceux réalisés à la main. »

Le poids financier de la sécurité

L'amélioration de la sécurité en usine préoccupe 73% des spécialistes de la menuiserie ou du parquet et 82% des agenceurs. Le développement des normes de sécurité représente pour tous une forte contrainte. François Matheron illustre le propos : « En plus des efforts actuels pour nous équiper en cabines de peinture conformes aux nouvelles exigences, nous allons devoir investir lourdement sur un système de traitement des déchets dans l'air. Le respect de la règle du 1 mg maximum par m3 d'air est très délicat : il ne met pas tout à fait nos entreprises au niveau de la salle blanche, mais il les en rapproche. » Ces investissements obligatoires semblent difficilement accessibles aux TPE (Très petites entreprises). « D'une manière générale, les normes pèsent de plus en plus , reconnaît André Desmedt. Elles représentent un coût important et ne génèrent pas de plus-value pour l'entreprise. Finalement, on appauvrit l'outil de travail. »

En matière d'aspiration de poussières, le respect de la norme est d'autant plus problématique qu'il n'existe pas aujourd'hui de système d'aspiration réellement adapté aux petites machines, comme les ponceuses par exemple.

Des panneaux faciles à travailler

La principale qualité demandée aux panneaux est la facilité à les travailler. Une affirmation de 93% des spécialistes de la menuiserie ou du parquet et de 97% des agenceurs. Selon Jérôme Flucklinger, Directeur Général de la société éponyme spécialisée dans l'agencement de magasins et bureaux, « les panneaux doivent être de qualité et faciles à travailler. Ensuite, il faut concilier au mieux la rigidité et la légèreté. On attend toujours des progrès en ce domaine. »

Les formations se développent

L'enquête EXPOBOIS indique que l'apprentissage des consignes de sécurité par le personnel est une formation prioritaire pour 77% des spécialistes de la menuiserie ou du parquet et 75% des agenceurs. Ces derniers accordent une plus grande importance encore à la maîtrise des machines : 93% contre 73% pour leurs collègues.

Meubles et jouets :

faire face à la délicate conjoncture

Meubles : savoir définir des stratégies originales

Plongés dans la crise depuis plusieurs années, les industriels du meuble, pris dans leur ensemble, envisageraient une éclaircie dans les années à venir. D'après l'enquête EXPOBOIS, si 51% seulement d'entre eux sont optimistes à court terme, la proportion monte à 54% à moyen terme puis à 62 % à long terme. Selon Olivier Falchi, à la tête de la Compagnie française du panneau (CFP / groupe Parisot Meubles) , « de récentes études de conjoncture montrent que la consommation de meubles aurait progressé de 2,7 % au cours de l'année écoulée.  » Les performances restent très diverses : celles des meubles de cuisine, de salles de bains sont bien meilleures que celles des meubles meublants, très largement en baisse.

Visiblement, cette dernière branche d'activité fortement concurrencée par les articles en provenance d'Asie et d'Europe de l'Est, reste confrontée à de lourdes difficultés. Les chefs d'entreprise cherchent donc à mettre au point des stratégies originales en vue de mieux se positionner sur le marché. A titre d'exemple, on peut évoquer le cas d' Antix, un fabricant de meubles à l'ancienne. Son PDG, Armand Wizenberg , explique : « Nous renonçons à nous battre avec les gens de Roumanie et de Chine, là où ils ont pris des positions dominantes, c'est à dire les articles de grande série à finition unique. Antix a donc décidé de se recentrer sur son corps de métier, avec des meubles plus personnalisés, un choix de finitions élargi et des séries moins longues. Les produits que nous proposerons ne représentent environ que 10% du marché. Mais nous serons bien placés sur ce créneau. »

• Investissements

Dans l'ensemble, 79% des industriels du meuble affirment leur volonté d'investir au cours de l'année à venir. Les gains de productivité sont prioritaires pour 90% d'entre eux largement devant les gains en flexibilité prioritaires pour 76%. Leurs acquisitions par type d'équipement porteraient sur les machines de deuxième transformation (61%), les outils et outillage (52%), les logiciels informatiques (39%), les systèmes de traitement des déchets et des sous-produits de l'air (34%), le matériel de manutention et stockage (20%).

Pour sa part, Antix qui vient de se transférer de la banlieue montpelliéraine à Gallargues-le-Montueux (Gard), a mis en service sa nouvelle usine en septembre dernier. Sur les neuf millions d'euros engagés, un million d'euros a concerné les machines, avec notamment un nouveau process de finition et un système de chemins de rouleaux pour les transferts. Objectif de cet équipement : rationaliser la circulation des pièces au sein de l'usine.

• Sécurité

La sécurité de l'usine constitue une préoccupation majeure pour 82% des industriels du meuble. Selon Armand Wizenberg, les efforts faits en ce domaine ont leur rentabilité. « Dans nos anciennes installations, nous étions montés à un taux de cotisation ahurissant au titre des accidents du travail, indique-t-il. Et grâce aux équipements de sécurité installés dans notre nouvelle usine, la Caisse primaire d'assurance maladie du Gard joue la confiance : nous sommes ainsi repartis sur une base de taux de cotisations très diminuée. »

Jouets : rester compétitifs

Comme les meubles montés, les jouets en bois font face à la concurrence de l'Asie et des pays d'Europe de l'Est. Ce secteur doit aussi affronter les produits en plastique et il subit la montée en puissance des jeux vidéo.

« Nous devons rester compétitifs alors même que nous ne pouvons que difficilement investir, » prévient Jean Sinquin, le Président de JB Bois , une société de vingt-cinq salariés basée à Guengat (Finistère). Il avance pour cela deux voies possibles : l'innovation produit grâce au design et la réactivité à la demande des clients. A terme cependant, les investissements de productivité reprendront, dès lors qu'auront été amortis le nouveau système de finition réalisé en 2003 et le futur système d'aspiration des poussières à acquérir d'ici deux ans.

Construction de bateaux : le vent en poupe

(l'exemple de Bénéteau)

Le bois joue un grand rôle dans la construction de bateaux de plaisance, un secteur actuellement en pleine croissance. Ainsi, pour Bénéteau SA, sur les 1 500 salariés de ses chantiers navals de Saint-Hilaire-de-Riez (Vendée), 330 travaillent dans l'unité d'ébénisterie . La directrice de celle-ci, Florence Gouby , précise qu'elle dispose au niveau des équipements de quatre machines à commandes numériques, de plusieurs plaqueuses de chant, d'une chaîne de débit, de scies radiales, toupies… Côté vernissage, une chaîne de vernis UV, une chaîne de vernis rideaux complètent le dispositif.

L'investissement varie de 200 000 euros à un million d'euros selon les années, alors que celui de l'ensemble de Chantiers Bénéteau atteint dix à douze millions d'euros. Production de 4 000 à 4 500 bateaux par an.

Du bois sur le pont et en cabine

A l'extérieur, Chantiers Bénéteau utilisent essentiellement du teck massif pour habiller le pont ou la liaison entre la coque et le pont. Les aménagements intérieurs font largement intervenir les panneaux bois.

Les cloisons et meubles sont constitués surtout de contreplaqué recouvert d'un placage. « Le contreplaqué représente en effet le meilleur compromis entre poids, stabilité et tenue à la reprise d'humidité, explique Florence Gouby. C'est en fait l'élément de structure important pour assurer la rigidité à l'intérieur du bateau. »

Les éléments décoratifs de dessus ou bords de meubles se composent soit de pièces de bois massif, soit de placages assemblés en lamellés collés d'agencement. Les meubles sont également en contreplaqué, matériau apprécié pour sa légèreté. Flrorence Gouby précise : « Nous transformons nous-mêmes les panneaux, le bois massif et les placages achetés à l'extérieur en vue de fabriquer ce dont nous avons besoin. Aussi bien les meubles que l'agencement. »

S'organiser pour plus d'efficacité

Aussi important soit-il, l'achat de machines, d'outils et de logiciels ne suffit pas. Selon la directrice de l'unité d'ébénisterie de Chantiers Bénéteau : « Aujourd'hui, on pense de plus en plus à l'environnement de la machine plutôt qu'à la machine elle-même, parce que la productivité résulte non seulement du matériel mais aussi de l'organisation autour de lui. » Les équipements de manutention ont donc leur rôle à jouer.

Sécurité, le budget prioritaire

« Les investissements de sécurité, c'est mon budget prioritaire, » affirme Florence Gouby, qui avance un exemple concret : « Les protecteurs proposés sur le marché ne nous conviennent pas. En effet, du fait du grand nombre de pièces courbes sur les bateaux, ils ne s'adaptent pas. Nous sommes alors obligés de faire des études et de les développer nous-mêmes. » Chantiers Bénéteau étant labellisé Iso 14001 depuis deux ans, divers investissements s'imposent parmi lesquels ceux ayant trait à la sécurité incendie. L'unité d'ébénisterie va aussi se doter d'un système d'élimination des poussières et engager une étude en vue de passer aux peintures en phase aqueuse.

Conclusion 

Au-delà de la construction de bateaux, il y a fort à parier que demain, le « vent en poupe » s'appliquera à l'ensemble de la filière bois.

Ce matériau marque déjà des points importants et il dispose pour l'avenir d'un atout majeur, celui de s'inscrire naturellement dans une démarche de développement durable.

Pour transformer l'essai, les acteurs de la filière doivent persister dans leur démarche axée sur la performance. La formation des hommes est un passage obligé. Mais elle ne suffit pas ! L'avenir appartiendra à ceux qui savent s'équiper judicieusement. Grâce aux efforts consentis par les constructeurs de machines, outils ou systèmes de manutention et les concepteurs de logiciels, la gamme de solutions techniques proposées s'étend sans cesse. Aux chefs d'entreprise de choisir celle qui colle le mieux à leur stratégie ! Le salon EXPOBOIS les y aidera.

Service Commmunication EXPOBOIS 2006
Contacts : Sandra Vernier et Sophie Babinet
Tél. : 01 49 68 56 68 / 54 37 -
Email : expobois@exposium.fr

Service de presse CLC Communications
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Contacts : Jérôme Saczewski et Muriel Chrisostome
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